Un miracle au cours de cette année 2020 : la légende (encore vivante) Bob Dylan publie ce vendredi 19 juin Rough And Rowdy Ways : son premier album de chansons originales depuis 2012 ! Et son premier en tant que Prix Nobel de littérature 2016 !

Pour célébrer l’événement, nous vous avons donc mitonné une petite sélection : vingt chansons parmi les plus emblématiques d'une carrière à la longévité exceptionnelle !

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 "Pour moi, l'interprète va et vient. Ce sont les chansons qui sont la vedette, pas moi", Bob Dylan (The Los Angeles Times, 2004).

 

1 Blowin' In The Wind (The Freewheelin' Bob Dylan, 1963)

"Blowin' In The Wind" ouvre The Freewheelin' Bob Dylan, le deuxième album de Bob Dylan sorti en mai 1963 que l'on peut considérer comme son premier chef d'œuvre ! Avant que Dylan n'enregistre sa propre version, le groupe Peter, Paul & Mary en avait déjà fait un énorme tube : on ne comptait dès lors plus les reprises de "Blowin In The Wind" effectuées par des artistes aussi divers et variés que Marlene Dietrich, Trini Lopez, Duke Ellington, ou encore Stevie Wonder !! Elle fut traduite et interprétée dans presque toutes les langues et adaptée en France par Hugues Aufray ou Graeme Allwright.

"Blowin' In The Wind" consacre Dylan comme le digne héritier de Woody Guthrie qu'il admire, à savoir un jeune héraut idéaliste de vingt-deux ans, en révolte contre les injustices de son époque et clairement impliqué dans les émancipations de la société, particulièrement le mouvement des droits civiques (il chantera à la Marche sur Washington en 1963). Écrite en quelques minutes, "Blowin' In The Wind" est née d'une longue discussion politique à l'issue de laquelle Dylan en était arrivé à la conclusion que ne pas s'opposer activement à une injustice revenait à l'approuver ! Un manifeste qui, à l'aide d'images belles et fortes, aspire à la paix dans le monde : "Yes, 'n' how many seas must a white dove sail / Before she sleeps in the sand?", se désole du racisme, de l'oppression : "Yes, 'n' how many years can some people exist / Before they're allowed to be free?" et de l'aveuglement ou la surdité de certains : "Yes, 'n' how many ears must one man have / Before he can hear people cry?"

Comment ne pas être touché d'autant plus que, plus de cinquante ans après sa création, les questions de "Blowin' In The Wind" méritent toujours d'être posées ! Difficile de trouver le vent. D'ailleurs Dylan la chante toujours…

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2 Ballad Of Hollis Brown (The Times They Are A-Changin', 1964)

Voilà une topical song par excellence, ces chansons engagées qui traitent d'un événement politique ou social bien déterminé. Elles sont légion sur les albums The Freewheelin' et bien sûr The Times They Are A-Changin', le deuxième et dernier album véritablement "engagé" de Bob Dylan.

"Ballad Of Hollis Brown" est ainsi tiré d'un fait divers réel le plus sordide qui soit, celui d'un petit fermier du Dakota du sud, qui criblé de dettes, finit par tuer toute sa famille avant de se supprimer lui-même ! Dylan multiplie les hyperboles on ne peut plus éloquentes pour chroniquer la misère rurale, la désespérance du foyer et la solitude : "Your children are so hungry / That they don't know how to smile" ; "Your grass it is turning black / There's no water in your well". Le comble de la misère, comme le chantait entre autres Bessie Smith dans "Nobody Knows You When You're Down And Out", c'est que plus personne ne vous connaît, ou ne le souhaite plus, ce que traduit également ici l'implacable proverbe : "Your empty pockets tell yuh / That you ain't a-got no friend" ! 

Contrairement à ce qui est d'usage dans la ballade, Dylan s'adresse ici directement au protagoniste en utilisant la deuxième personne, comme s'il interpellait directement un auditeur, en l'occurrence nous, ce qui a pour effet de nous identifier au personnage et de vivre ainsi sa propre misère !! Un bon orateur doit savoir émouvoir, disait Cicéron…

Dylan joue également avec le chiffre sept, à forte connotation biblique (ce qui est assez récurrent dans son écriture !) : sept vents, sept coups de feu, et enfin sept morts qui s'opposent à sept naissances… impossible de savoir si ces naissances sont un signe d'espoir ou reconduisent au contraire une funeste destinée semblable à celle d'Hollis Brown !

Dans la lignée des Raisins de la colère de John Steinbeck, "Hollis Brown" est une chanson particulièrement poignante sur les damnés de la terre : en France il y avait Georges Brassens et son "Pauvre Martin" ; en Amérique il y aura désormais le "Hollis Brown" de Dylan.

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3 It Ain't Me, Babe (Another Side Of Bob Dylan, 1964) 

 "Les temps changent" chantait Dylan sur l'album précédent. Les temps peut-être, mais Dylan sûrement. Et particulièrement vite, fin 1964 il sort déjà un nouvel album, au titre explicite (que l'on doit au producteur) : Another Side Of Bob Dylan. Dylan a en effet clairement assez des chansons qui montrent du doigt : "Il n'y aura pas de chanson protestataire dans cet album, confie-t-il à Nat Hentoff, journaliste au New Yorker. "Je ne veux plus écrire pour les gens, être un porte-parole. […] Je veux que mes textes viennent de l'intérieur de moi-même" ! Cette introspection ne vient pas tant d'un certain narcissisme que d'une volonté d'explorer les propres contradictions de l'âme humaine : "On peut se sentir très généreux un jour et très égoïste immédiatement après" expliquera Dylan à propos de l'évolution de son écriture en 2004 au magazine The Los Angeles Times.

Dans "My Back Pages", Dylan dénonce l'antagonisme simpliste des forces du bien contre celles du mal sur lequel reposaient beaucoup de ses précédentes chansons : "Lies that life is black and white / Spoke from my skull". Dylan ne désire en fait rien d'autre que d'explorer de nouvelles pistes d'écritures, pour mieux saisir la complexité du monde qui l'entoure : "Je ne me suis jamais attelé à une écriture politique. Je ne voulais pas être un moraliste politique. Il en y avait qui le faisaient. Phil Ochs s'y consacrait, mais la vie dépasse cet aspect des choses, et je voulais explorer toutes les pistes" précisera-t-il là encore en 2004.

Cela veut-il dire que Bob Dylan rejette définitivement fin 1964 toute contestation ou sentiment de révolte ? Rien n'est moins sûr. Another Side contient en effet "Chimes Of Freedom", un de ses plus beaux poèmes sur les opprimés et la douleur, et également "Motorpsycho Nightmare", une chronique particulièrement hilarante de l'Amérique rurale anti-communiste ! 

Ce qui est sûr c'est que Bob Dylan rejette le rôle de porte-parole que son public folk veut lui faire endosser : le poète prophète au "front éclairé" cher à Hugo, ce n'est plus son truc. Quand on lui demandera en 1965 comment il envisage son rôle de "voix de génération" voici ce qu'il répondra  : "J'ai vingt-quatre ans. Comment pourrais-je parler pour des personnes de dix-sept ou dix-huit ans ? Je ne peux pas être la voix des autres. S'ils se reconnaissent en moi, c'est bien ; mais je ne peux pas être la voix de ceux qui n'en ont pas."

L'album se conclut de manière on ne peut plus éclairante avec "It Ain't Me, Babe". Dylan invente l'anti-chanson d'amour par excellence ! Il n'y a en effet pas plus anti-romantique que ce Dylan avertissant qu'il n'a rien du chevalier servant capable de répondre aux attentes de sa (ou son ?) partenaire : "You say you're lookin' for someone / Who will promise never to part / Someone to close his eyes for you / Someone to close his heart ,/ Someone who will die for you an' more / But it ain't me, babe / No, no, no, it ain't me, babe / It ain't me you're lookin' for, babe". Une déclaration de renoncement, il fallait y penser ! Le destinataire n'étant pas clairement mentionné, il est tentant de l'identifier à l'ex-petite amie de Dylan de l'époque, ou bien évidemment à son auditoire folk. Certains l’interprètent également comme une chanson anti-guerre : c'est cette ambiguïté propre à Dylan qui permet à ses plus grandes chansons de nous offrir une telle richesse d'interprétations.

Ce qui devait se passer arriva : Another Side Of Bob Dylan est reçu comme une claque par le milieu folk, alors le public principal de Dylan. La rupture ne va cesser de se confirmer l'année suivante.

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4 Mr. Tambourine Man (Bringing It All Back Home, 1965) 

La célébrité gagnée début 1964 en devenant chantre de la contestation plonge Bob Dylan dans des abîmes de perplexité (et l'assassinat du président John Kennedy en novembre 1963 n'arrange pas les choses). On attend de lui d’autres protest songs, mais Dylan a peur en continuant dans cette voie bien tracée de devenir une caricature de lui-même : "Un artiste doit faire attention de ne jamais croire qu’il est arrivé quelque part. Il ne faut jamais oublier qu’on est constamment en devenir" confiera-t-il à Martin Scorsese dans le documentaire No Direction Home, sorti en 2005. Pour retrouver l’inspiration, il décide alors de reprendre la route, comme l’ont fait si souvent le poète beat Jack Kerouac et bien sûr son idole le chanteur itinérant Woody Guthrie. Il part ainsi avec trois amis pour un voyage initiatique à travers les Etats-Unis au cours duquel diverses drogues seront consommées… Dylan veut avant tout expérimenter une écriture qui ne passe plus par le rationnel mais les sensations, afin de "dérégler les sens" à la manière d’un Arthur Rimbaud !

La chanson "Mr. Tambourine Man" a justement été élaborée au cours de cette virée entre potes. On peut d’ailleurs la considérer comme une invitation au voyage de l’esprit, dans lequel ce dernier se trouve emmené loin d’un quotidien trop mort ou trop déprimant : "Far from the twisted reach of crazy sorrow". "Take me on a trip upon your magic swirlin' ship" ; "I'm ready to go anywhere, I'm ready for to fade" : le narrateur est prêt à suivre cet homme au tambourin, seul capable de lui promettre évasion et libération pour vivre l’expérience la plus extatique qui soit : "Yes, to dance beneath the diamond sky with one hand waving free" ! Etre Rihanna qui danse au bord de la mer, quoi…

"Tu as l'air de t'amuser" avouera une fan de la première heure à Bob Dylan pour expliquer sa réserve à l'écoute de ses nouvelles chansons. Avec "Mr. Tambourine Man", fi des messages ou prises de conscience de la protest-song en effet, l’heure n’est plus à la gravité mais au plaisir de l’instant ! Voilà ce que doit nous offrir l’artiste, dont l’homme au tambourin semble être le parfait archétype ! A moins qu’il ne désigne en réalité un dealer offrant une évasion par la drogue, comme certains se plaisent à le croire à la lecture de certains vers, qui laissent en effet penser à un trip sous substances hallucinogènes : "Then take me disappearin' through the smoke rings of my mind" !

Drogue ou pouvoir du verbe, qu’importent les moyens employés, pourvu que l’on ait l’ivresse poétique ! Comme dans ses plus beaux textes, Dylan use avec bonheur des allitérations et sa prose musicale nous emporte : "In the jingle jangle morning I'll come followin' you" !

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5 It’s Alright, Ma (I’m Only Bleeding) (Bringing It All Back Home, 1965) 

Peut-être la chanson la plus radicale de Dylan, dans le fond comme dans la forme. "It’s Alright, Ma (I'm Only Bleeding)" est une longue incantation de plus de sept minutes au cours de laquelle, sur un jeu de guitare minimaliste et des plus agressifs, Bob Dylan débite des mots d’une violence inouïe contre une société américaine dominée exclusivement par les valeurs marchandes !  "Made everything from toy guns that spark / To flesh-colored Christs that glow in the dark / It's easy to see without looking too far / That not much / Is really sacred" !

Dylan n’a donc pas abandonné la contestation ? Le dégoût exprimé ici ne semble cependant pas appeler un combat particulier, Dylan concluant en effet sa chanson en affirmant avec force stoïcisme et ironie que la société est certes malade mais qu’il n’y peut rien "It's alright, Ma, it's life, and life only". "It’s Alright, Ma" est en fait plus une chanson de résistance à l’aliénation qu’un appel à la lutte collective… Plusieurs phrases révèlent d’ailleurs une tendance anarchisante de la part de leur auteur : "The masters make the rules / For the wise men and the fools" ; "And if my thought-dreams could be seen / They'd probably put my head in a guillotine". Impossible ainsi pour Bob Dylan de faire partie d’un quelconque mouvement !

Les fulgurances sont nombreuses et visionnaires : les vers "But even the president of the United States / Sometimes must have / To stand naked" prendront en effet une saveur nouvelle quand Dylan les chantera pendant sa sa tournée américaine de 1974, en plein scandale du Watergate !

Comme dans plusieurs chansons que Dylan va alors créer, la sonorité des mots semble en plusieurs endroits l’emporter sur le sens même : en laissant les signifiants ainsi mener la danse, à l’instar d’un Mallarmé ou d’un Paul Valéry, Dylan nous invite à une expérience littéraire des plus radicales ! Privilégier la beauté du mot au détriment de son sens, ou au contraire pour lui en conférer de nouveaux, est une pratique esthétique pour ne pas dire révolutionnaire qui n'est pas sans risque, puisque tout repose sur les facultés d’imagination ou d’appréciation de l’auditeur ! Celui-ci, admiratif, adhère, ou, rebuté par un certain hermétisme, rejette. Quant à Dylan lui-même, il avouera en 1997 au magazine New York Times : "Quand je relis certaines de mes chansons, j’en retire une impression d’effroi. Rien que les allitérations dans "It’s Alright, Ma" me remplissent de terreur !"

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6 Maggie’s Farm (Newport Folk Festival, 1965)

En juillet 1965, Bob Dylan officialise sur scène le virage électrique entamé sur la première face de Bringing It All Back Home publié en mars de la même année. Le public avait l’habitude de voir au festival Folk de Newport un Bob Dylan habillé en vêtements bon marché chanter ses chansons contestataires, uniquement accompagné de sa guitare acoustique : quel choc de le voir apparaître fringué d’une veste en cuir qui semble sortie d’une boutique branchée de Carnaby Street, et de plus armé d’une guitare électrique Stratocaster ! Bob et ses musiciens finiront par quitter la scène sous les huées du public, après n’avoir pu jouer que trois chansons (la deuxième étant, excusez du peu,"Like A Rolling Stone" (nous en reparlerons...)) ! Il faut dire que le son était peut-être trop fort, Dylan n’ayant décidé de jouer électrique que la veille, les répétitions ne s’étant en l’occurrence pas faites dans les meilleures conditions !

Le prétendu scandale électrique de Newport est avant tout l’histoire d’un malentendu et un dommage pour tout le monde : les paroles de "Maggie’s Farm" qui débutent le set sont en effet des critiques on ne peut plus claires des tâches dégradantes et de l’exploitation de l’homme par l’homme : "It's a shame the way she makes me scrub the floor. / I ain't gonna work on Maggie's farm no more". Ceci dit, un discours individualiste pointe à la fin de la chanson : "Well, I try my best / To be just like I am / But everybody wants you / To be just like them"!

Mais le mal est fait : le public se sent floué et Dylan est blessé par la réaction hostile du public. Sous la pression, il finira pourtant par remonter sur scène, mais tout seul, et uniquement accompagné d’une Gibson acoustique prêtée par Johnny Cash ! Le public folk croit alors avoir gagné la partie ; mais Dylan joue "Mr. Tambourine Man", son invitation à l’évasion et à la libération poétique, et surtout "It's All Over Now, Baby Blue", chanson d'adieu concluant Bringing It All Back Home qui plaide pour un nouveau départ ! La rupture est consommée…

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7 Ballad Of A Thin Man (Higwhay 61 Revisited, 1965)

En 1965, Bob Dylan ne voit donc rien d’autre que le rock comme accompagnement musical à ses nouvelles chansons : "Mes mots sont comme des images, et le rock va m’aider à leur donner des couleurs" déclare-t-il en mai de la même année. En août 1965, la sortie de Highway 61 Revisited fait l’effet d’une bombe pour beaucoup ; bon joueur, le chanteur folk Phil Ochs se rendra à l'évidence : "J’ai tout de suite su que c’était l’album le plus révolutionnaire jamais enregistré. Il avait réalisé un truc qui laissait tout le monde à des kilomètres derrière lui."

A l'instar de Bringing It All Back Home, qui contenait déjà son lot de cynisme autoritaire et de satire mordante, les neuf chansons d’Highway 61 Revisited continuent de tendre à l’Amérique ce "miroir déformant et surréel", selon l’expression trouvée par le journaliste anglais Andy Gill. Bob Dylan, en effet, y "revisite" les mythes et mélange les personnages historiques et légendaires dans des chansons qui défient le concept de continuité narrative ! Un cocktail détonnant, survitaminé par le déluge d’orgue et de guitares électriques endiablées ! Dylan nous offre des tableaux d’un monde de plus en plus frénétique et absurde, peuplé de figures grotesques ou pathétiques, qui inspirent à la fois l’hilarité et la stupéfaction.

"Ballad Of A Thin Man" est la chanson emblématique et kafkaïenne d’un monde qui échappe à nos sens. Elle contient d’ailleurs à ce sujet un des refrains les plus éloquents et implacables de Dylan, asséné par un riff de piano austère qui le rend particulièrement mémorable : "Because something is happening here / But you don't know what it is / Do you, Mister Jones ?" La chanson met en scène Mr. Jones, un journaliste ou critique, qui essaye de comprendre ce qui se passe autour de lui : "You walk into the room / With your pencil in your hand / You see somebody naked / And you say, "Who is that man?" / You try so hard /  But you don't understand." L’entreprise est donc vouée à l’échec dès le début ; c’est d’autant plus grave que ce Mr. Jones a fréquenté les élites et lu tous les livres à lire ("You've been with the professors / And they've all liked your looks […] You've been through all of / F. Scott Fitzgerald's books / You're very well read / It's well known") : les savoirs enseignés ne serviraient donc à rien ? On ne saurait trouver condamnation plus explicite d'une certaine élite universitaire, jugée pédante et futile !

Il est également tentant de voir dans ce personnage de Mr. Jones une métaphore des relations que Bob Dylan entretenait alors avec les journalistes : elles étaient généralement guidées par l’incompréhension et donnaient lieu à des échanges qui pouvaient s’avérer houleux ; ils étaient pour la plupart du temps heureusement dominés par le sens de l’absurde de Dylan : "Mon réel message ? Gardez toujours la tête froide et ayez toujours avec vous une ampoule !" déclare-t-il par exemple dans le film de D.A. Pennebaker Don't Look Back !

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8 Just Like A Woman (Blonde On Blonde, 1966)

La douce mélodie de cette chanson, une des plus sophistiquées de Bob Dylan, semble trompeuse, tant elle sert des vers qui livrent un portrait particulièrement acide de la femme : "Ah, you fake just like a woman, yes, you do / […]Then you ache just like a woman / But you break just like a little girl" !

Il est fort probable que c’est Edie Sedgwick que Dylan avait en tête, la fameuse égérie d’Andy Warhol. Sa volonté de fréquenter les milieux branchés a probablement provoqué la moquerie de Dylan, lui qui n’hésite pas à brocarder les fashion victims dès qu’il le peut : l’irrésistible chanson "Leopard-Skin Pill-Box Hat" décrit par exemple une femme qui ne jure plus que par sa nouvelle toque en peau de léopard ! Elle est d’ailleurs tirée du même album que "Just Like A Woman", et il est fort probable que c’est Edie Sedgwick qui l’ait également inspirée, de même que le titre de l’album, elle qui était une blonde peroxydée. Mais Dylan a peut-être été avant tout échaudé par la fin de leur relation, qui a eu lieu en janvier 1966 : Edie avait alors appris par Andy Wharhol qu'il s’était marié secrètement avec Sara Lownds… ce qui rend l'expression "elle rompt comme une petite fille" et la posture victimaire de Dylan particulièrement culottées !

"Just Like A Woman" est avant tout une nouvelle variation sur un thème favori de Dylan : la souffrance que peut engendrer le sentiment amoureux ; la structure en montée et descente de la chanson semble d'ailleurs illustrer (épouser !) l'alternance entre joie et douleur que ce sentiment peut provoquer. L'expérience amoureuse comme meilleur moyen de se connaître soi-même, dirait Musset ! Et, faute de référence précise (cette ambiguïté chère à Dylan !), la chanson traite peut-être également d’un autre amour, plus véritable : à rebours de la femme fatale et superficielle qui se gargarise de ses nouveaux vêtements ("Ev'rybody knows / That Baby's got new clothes"), on peut également voir dans cette chanson une révérence à Joan Baez, dont Dylan serait toujours sous le charme : "And your long-time curse hurts ". Dylan lui doit tout, elle lui a en effet apporté la lumière alors qu’il était encore dans l’ombre : "Please don't let on that you knew me when / I was hungry and it was your world". La suavité de la musique et du chant de Dylan s’explique alors... Quant à l’amie "Queen Mary", seul nom mentionné (et avec on ne peut plus de révérence), il s’agirait de Marianne Faithfull… "Just Like A Woman" chanson gigogne ?

Une chose est sûre à l’écoute de "Just Like A Woman" : les femmes font tourner le cœur de Bob Dylan !

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9 Sad-Eyed Lady Of The Lowlands (Blonde On Blonde, 1966)

Les années 1965-66 représentent à n’en pas douter l’acmé artistique de Bob Dylan : en l’espace de dix-sept mois seulement, il ne sortira pas moins de trois albums considérés comme les plus novateurs de sa carrière et de son époque ! L'inspiration de Bob Dylan est telle que le troisième opus, Blonde On Blonde, deviendra le premier double album de l’histoire du rock ! Sorti en mai 1966, l’album offre de nouvelles expérimentations littéraires et musicales toujours aussi fulgurantes ("Visions Of Johanna", "Stuck Inside Of Mobile With The Menphis Blues Again", "I Want You"…) !

L’album finit en apothéose avec "Sad-Eyed Lady Of The Lowlands", qui se réserve pour elle toute seule l’intégralité de la quatrième face ! Il s’agit d’une ode à la femme aimée, une valse hallucinatoire de plus de onze minutes ! Ici, la périphrase du titre fait penser à un logogriphe on ne peut plus évident de Sara Lownds, qui n’est autre que la femme avec laquelle Dylan s’est marié en secret en 1965 ; mais le titre peut très bien évoquer Joan Baez également, "Lowlands" étant le titre d’une des premières chansons qu’elle a interprétées, en 1959...

Les images mystiques et le rythme incantatoire contribuent pour beaucoup au caractère religieux de la chanson : "Your eyes like smoke and your prayers like rhymes". Cette dame aux yeux tristes a des allures de déesse inaccessible : "Sad-Eyed Lady, should I wait ?" demande Bob Dylan qui ne reçoit d’ailleurs aucune réponse ! Mystérieuse, elle semble à la fois mi-réelle, mi-surréelle : "And your mother's drugs" ; "And your flesh like silk, and your face like glass". L’évocation des rois de Tyr ou des tambours d’Arabie amplifie l’ambiance surréelle de la chanson, les frontières spatio-temporelles se trouvant ainsi purement et simplement abolies !

Cette déesse n’en est pas moins fragile, voire victime : encore une ambiguïté typiquement dylanienne. Les yeux tristes suggèrent en effet une vie difficile, ce qui a été le cas de Sara Lownds. Plusieurs images évoquent le manque, la pauvreté voire la maladie : "And your deck of cards missing the jack and the ace, / And your basement clothes and your hollow face". De plus, des fermiers et hommes d’affaire cherchent à lui faire du mal ! Sad-Eyed Lady, une marginale sanctifiée par Bob Dylan ? Derrière la voluptueuse chanson d’amour une protest-song se profilerait donc…

Musicalement le morceau est également une prouesse : enregistré vers quatre heures du matin et non prévenus de la durée, les musiciens s’attendaient à un format standard de trois minutes… ils montent donc l’orchestration en puissance à la fin de chaque strophe qu’ils pensent être la dernière : c'est cette succession de tensions et de calme qui donnera à "Sad-Eyed Lady Of The Lowlands" sa couleur si particulière !! Une structure qui influencera notamment Roger Waters, le futur guitariste de Pink Floyd : "Sad-Eyed Lady Of The Lowlands a changé ma vie. Quand je l'ai entendue, je me suis dit si Bob peut faire [une chanson aussi longue], je peux le faire aussi...[...] A aucun moment ce n'est terne ou ennuyeux. Au contraire, on est de plus en plus absorbé. Ça devient de plus en plus hypnotique" !

La vénération de sa dame comme parenthèse d’enchantement et d’apaisement au cours d’une vie au fil du rasoir, pleine de bruit et de fureur ! Quand l'osmose avec le Verbe pallie l'absence de l'Etre aimé. "Sad-Eyed Lady Of The Lowlands", un grand moment dylanien !

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10 All Along The Watchtower (John Wesley Harding, 1967)

Le bouillonnement créatif des années 1965-66 aura eu à bien des égards des allures de calvaire pour Bob Dylan : à la conception des chansons s’ajoutaient en effet les concerts à travers le monde s’enchaînant à un rythme frénétique, au cours desquels les sets électriques donnaient lieu la plupart du temps à de de réels affrontements avec le public ! Le 17 mai 1966 à Manchester, Dylan se fait purement et simplement traiter de "Judas", juste avant d'entamer "Like A Rolling Stone" : un clash devenu célèbre et immortalisé sur CD, comme plusieurs autres concerts de l'époque ! "On est obligés de prendre un tas de médicaments pour garder le rythme. Cette tournée-là a failli avoir ma peau" confiera-t-il à son futur premier biographe Robert Shelton en mars 1966 ! L’accident finit d’ailleurs par arriver : le 29 juillet 1966, Bob Dylan se crashe en Triumph et disparaît des radars pendant plus d’un an ! (Une année qui n'a cependant pas été inactive, puisqu'elle a donné naissance aux fameux Basement Tapes...)

Le premier album de chansons originales que Bob Dylan sort après son accident de moto révèle un homme que la convalescence a visiblement métamorphosé. Dans John Wesley Harding, la relative austérité et la sobriété des arrangements tranchent en effet avec l’orchestration foisonnante de la période électrique (et avec l’époque actuelle, en pleine explosion psychédélique). La route de l’excès mènerait-elle donc à un certain ascétisme ? De même, à l’opposé de la faconde lyrique des albums précédents, les nouveaux textes surprennent par leur concision : pour leur grande majorité, pas plus de trois couplets et aucun refrain ! "Ce que j'essaie de faire, confie d'ailleurs Dylan au magazine Sing Out ! en 1968, c'est de ne pas utiliser trop de mots. Il n'y a aucun vers dans lequel on puisse enfoncer le doigt, il n'y a aucun trou dans aucun des couplets. Pas un mot servant à remplir des blancs." Quant aux thèmes, ces derniers semblent tirés tout droit de l’Ancien Testament ou de la mythologie de l’Ouest, avec ses figures de hors-la-loi et de vagabonds. Il s’est d’ailleurs révélé par la suite que la Bible et le Hank Williams Songbook étaient alors les deux livres de chevet de Dylan… Les nouvelles chansons de Bob Dylan s’invitent donc comme autant de paraboles à lire sur l’état du monde et sa propre situation.

C’est le cas de la fameuse chanson "All Along The Watchtower", qui est issue de cet album. Dans un cadre apocalyptique, qui semble inspiré du livre d’Esaïe (chapitre 21, versets 5-9 pour être précis), Dylan met en scène deux personnages qui débattent de l’état du monde : le bouffon ("joker") et le voleur ("thief"). Une chanson énigmatique qui semble contenir plusieurs niveaux de lecture : le joker qui se plaint que les hommes d’affaires boivent son vin est-il Bob Dylan lui-même qui estime avoir été victime d’escroquerie (il était alors entré en conflit avec son manager Albert Grossman)? Ou bien est-ce une image plus générale des damnés de la terre ? Le voleur qui lui répond qu’il y aucune raison de s’énerver semble bien fataliste… Ce dernier qui considère la vie comme une farce et toute volonté de révolte illusoire serait-il le double maléfique de Dylan ?

Quel sens prendre ? Dylan a de plus avoué avoir interverti au dernier moment l’ordre des couplets avant d’entrer en studio : ce serait donc à la fin de la chanson que l’histoire commencerait ! Dylan duperait-il son monde ? C’est ce que pense sans ambages le chanteur Dave Van Ronk, qui rappelle d’ailleurs à propos du titre que l’on ne peut pas longer une tour, contrairement à une route ou un mur. Décidément, ce Bob, quel joker

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11 Lay Lady Lay (Nashville Skyline, 1969)

En 1969, Dylan déstabilise une fois de plus ses fans en livrant avec Nashville Skyline un album de pure musique country ! Les progressistes ayant toujours jugé cette musique réactionnaire, la sortie de cet album l’année de l’élection du président républicain Richard Nixon, candidat de la droite conservatrice, apparaît ainsi comme une véritable provocation ! Certes, comme il le raconte dans ses Chroniques parues en 2005, Bob Dylan n’hésitait pas à l’époque à contrer les attentes de son public, par refus des étiquettes notamment et surtout pour préserver sa vie de famille, mais n’est-il pas cette fois allé un peu fort dans l’entreprise d’autodestruction de son image ? De plus les paroles se révèlent être pour la plupart d’une affligeante banalité, du moins à première vue.

On rappellera, pour relativiser ce prétendu affront, que Bob Dylan a depuis toujours été un fan de country comme il l’a été de rock’n’roll ("Drifting Too Far From The Shore", le premier morceau qu'il a entendu et a décidé de sa vocation, était d'ailleurs de la musique country !). Nashville Skyline se révèle être en fait un exercice de style réussi, au cours duquel Dylan n’a pas eu d’autres intentions que d’exprimer les sentiments amoureux en étant le plus limpide et efficace possible : "C’est le type de chansons que j’ai toujours eu envie d’écrire. Elles reflètent mieux mon moi intime que celles d’avant", déclare-t-il à Newsweek la même année ! Les chansons, si elles épousent de façon on ne peut plus orthodoxe les canons de la musique country, n’en célèbrent pas moins en effet l’amour comme remède idéal, livrant finalement un message proche du Peace & love du mouvement hippie…

"Lay Lady Lay" se détache du lot. Sur une série d’accords irrésistible qui traverse la gamme dans tous les sens et une délicieuse partie de pedal-steel, Dylan livre de sa voix de velours une invitation on ne peut plus claire au plaisir amoureux immédiat : "Lay, lady, lay, lay across my big brass bed" ; "Why wait any longer for the one you love / When he's standing in front of you" ! Une de ses chansons à la fois la plus candide et érotique qui soit !

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12 Knockin' On Heaven's Door (Pat Garret & Billy The Kid, 1973)

Cette fameuse chanson a en fait vu le jour au cours de l’élaboration de la bande originale du western de Sam Peckinpah Pat Garret & Billy The Kid, sorti en 1973 : un cas unique dans la discographie de Bob Dylan ! "Knockin’ On Heaven’s Door" raconte à la première personne l’agonie d’un personnage du film, le Shérif Baker, blessé à mort. La chanson dépasse cependant les codes du genre du western pour atteindre une portée beaucoup plus universelle : de simple illustration d’une scène de film, elle devient un thrène parmi les canons du genre, une évocation on ne peut plus mystique de la mort !

L’évocation de la nature renvoie sur le plan physique à une image presque douce de la mort, seuls les sens visuels étant touchés : "It's gettin' dark, too dark for me to see" ; "That long black cloud is comin' down". L'interpellation à la mère au début de chaque couplet participe au pathétique de la scène. Le jeu des sonorités et la répétition du verbe "Knock" du fameux refrain nous font vivre comme par magie les tourments spirituels de cette heure ô combien fatidique : le narrateur semble en effet frapper en vain aux portes du paradis, comme s’il était un invétéré pécheur pour lequel toute rédemption s’avérerait impossible… C’est l’heure de vérité et le suspense est à son comble !

Bob Dylan livre ainsi avec "Knockin’ On Heaven’s Door" une vision particulièrement mémorable sur un des thèmes les plus universels et éternels qui soient : c’est probablement sa chanson la plus reprise, sans que l’on sache obligatoirement qu’elle est de lui !

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13 Forever Young (Planet Waves, 1974)

La renaissance de Bob Dylan semble se confirmer en 1974. Il revient en effet avec un nouvel album de chansons originales, le premier depuis quatre ans, et surtout il repart en tournée, une première depuis huit ans ! Planet Waves se révèle être un album à forte teneur autobiographique, dans lequel Dylan évoque entre autres son enfance et sa vie de famille.

"Forever Young" est le nouvel hymne dylanien de cet album. Dans cette prière, écrite pour ses enfants, Dylan souhaite tout simplement à son destinataire le meilleur des avenirs : "May your wishes all come true" ; "May you always know the truth / And see the lights surrounding you". Le fameux refrain évoque la bénédiction de pouvoir pratiquer un art ou un métier qui nous passionne et nous tienne en vie le plus longtemps possible. "May you build a ladder to the stars / And climb on every rung" ; "May your heart always be joyful / May your song always be sung" : des  images terriblement émouvantes pour ce qui représente sûrement la chanson la plus bienveillante de Bob Dylan !

En 1976 dans The Last Waltz, Martin Scorsese filme le concert d’adieu de The Band, l’un des plus célèbres backing band de Bob Dylan. Lors d’une apparition mémorable, ce dernier délivre une interprétation puissante de "Forever Young", magnifiée par le jeu de guitare de Robbie Robertson !

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14 Simple Twist Of Fate (Blood On The Tracks, 1975)

En 1974 le mariage de Bob Dylan avec Sara Lownds commence à battre de l’aile. La reprise de la scène, en ranimant la flamme et l’esprit bohème de Bob, n’y est d’ailleurs pas pour rien. Il connaît même plusieurs aventures, et Sara a de son côté quitté leur maison de Malibu. Enfin, Dylan s’inscrit à l’été 1974 à New York pour suivre des cours de peinture donnés par Norman Raeben. Ces enseignements vont avoir un impact profond sur l’art et la vie même de Bob Dylan. "Il ne nous apprenait pas vraiment à peindre, ni même à dessiner, mais plutôt à utiliser conjointement sa tête, son œil, et son esprit " confiera-t-il en 1978. "Après cela, je suis rentré à la maison, et ma femme ne m’a plus jamais compris." Mais surtout, en lui permettant de faire consciemment ce qu’il faisait autrefois à l’instinct, les enseignements de Raeben seront à l’origine de nouvelles chansons, ses meilleures depuis des années ! Dans une ferme du Minnesota dont il fait l’acquisition en juillet 1974, Dylan va ainsi créer une bonne dizaine de chansons ayant pour thème principal ses derniers errements de cœur.

Blood On The Tracks paraît comme le disque le plus intimiste et sensible que Bob Dylan ait jamais écrit (à tel point que certains n’hésitent pas à le considérer comme son meilleur) ! La caractéristique remarquable de la plupart des chansons, c’est que, à l’instar de "Tangled Up In Blue" qui ouvre l’album, elles s'apparentent à de véritables mini-fresques dans lesquelles se mêlent différentes histoires et temporalités. Cette technique d’écriture, pour le moins audacieuse pour des chansons, a été directement inspirée à Dylan par ses récents cours de peinture : "J’ai essayé de défier le temps en inscrivant l’histoire dans le passé et le présent. […] Lorsqu’on admire une peinture, on peut en apprécier les détails, ou la voir comme un tout" avouera-t-il par la suite.

"Simple Twist Of Fate" révèle également une particularité non moins remarquable de ce nouveau type d’écriture : l’emploi par Bob Dylan de la troisième personne du singulier pour évoquer une de ses propres ruptures amoureuses et créer ainsi une sorte de distance cathartique envers les événements : "He woke up, the room was bare / He didn't see her anywhere. / He told himself he didn't care, pushed the window open wide, / Felt an emptiness inside…" ! "Simple Twist Of Fate" est le récit on ne peut plus bouleversant d’une relation condamnée d’avance : "She was born in spring, but I was born too late / Blame it on a simple twist of fate". A cela s’ajoute la beauté purement musicale des vers, tant le jeu des allitérations fait de nouveau merveille ici : "He hears the ticking of the clocks / And walks along with a parrot that talks, / Hunts her down by the waterfront docks." !

Bob Dylan ne s'est jamais livré à ce point à cœur ouvert, ce qui explique peut-être sa réaction un rien inattendue au succès public et critique de Blood On The Tracks : "Beaucoup de gens me disent qu'ils adorent cet album, mais j'ai un peu de mal avec ça : comment peut-on aimer pareille souffrance ?" !

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15 Hurricane (Desire, 1976)

Si Jacques Levy n'avait pas parlé à Bob Dylan de Rubin Carter, boxer surnommé "Hurricane" et emprisonné pour meurtre sans preuves accablantes depuis 1966, il n'y aurait jamais eu cette fameuse chanson. Cette ballade épique qui ouvre l'album Desire a fait croire à un retour en force de Bob Dylan à la protest-song en 1975, genre qu'il avait abandonné dès 1964. Mais finalement non, et ce sera même sa dernière : Hurricane a été rejugé certes, mais pour être redéclaré coupable. Bob Dylan l'avait pourtant dit dès 1965 : "Aucune chanson ne sauvera le monde". On ne l'y reprendra plus à vouloir le faire.

"Hurricane" demeure néanmoins une des plus grandes réussites de Dylan. La musique, emportée notamment par le violon virevoltant de Scarlet Rivera, est diablement efficace, et Dylan nous livre, avec le concours du dramaturge Jacques Levy, un récit d'une erreur judiciaire on ne peut plus captivant ! Le portait tiré de la justice américaine, raciste et corrompue, est particulièrement accablant !  Plusieurs formules font mouche, dont : "In Paterson that's just the way things go. / If you're black you might as well not show up on the street / 'Less you wanna draw the heat" ; ou encore : "Now all the criminals in their coats and their ties / Are free to drink martinis and watch the sun rise / While Rubin sits like Buddha in a ten-foot cell / An innocent man in a living hell" !

Il s'agit certainement de la dernière prise de position la plus osée de Dylan, puisque jusque dans son entourage certains n'étaient pas persuadés de l'innocence de Carter !

Quant au principal intéressé, à défaut d'être acquitté, il bénéficiera d'un non-lieu en 1986.

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16 A Hard Rain's A-Gonna Fall  (Rolling Thunder Revue, 1975)

Cette chanson est en réalité issue de l’album The Freewheelin’ de 1963, mais lors de la Rolling Thunder Revue, sa tournée de 1975, la version incendiaire qu’en livre Bob Dylan illustre parfaitement sa dimension apocalyptique ! Le contexte de création de la chanson ne l’est d’ailleurs pas moins : il remonte à 1962, lors de la fameuse crise des missiles cubains qui avait brusquement précipité le monde au bord de la Troisième Guerre Mondiale ! "Je l’ai écrite à un moment où je ne savais pas si j’aurais le temps d’écrire d’autres chansons, confierait un jour Dylan. J’ai voulu coucher tout ce que je savais en une seule chanson." Bob n'a pas encore vingt-deux ans.

"A Hard Rain's A-Gonna Fall" emprunte la structure questions-réponses d’une vieille ballade écossaise "Lord Randall". Le jeune homme interrogé de la chanson décrit un monde en plein chaos : "I've been out in front of a dozen dead oceans / I saw a black branch with blood that kept drippin'/ I saw guns and sharp swords in the hands of young children". Ce qu’il prophétise ne s’annonce guère plus réjouissant : "Heard the roar of a wave that could drown the whole world / And it's a hard rain's a-gonna fall" ; la dure pluie annoncée n’a rien à envier au Déluge de la Bible ! Dylan a pourtant nié lui-même une quelconque référence à une catastrophe nucléaire : "La pluie qui s’annonce fait référence aux "grêlons de poison qui nous submergent" du dernier couplet, c’est-à-dire tous ces mensonges dont nous abreuvent la radio et les journaux, et avec lesquels on nous lave le cerveau." !

Nucléaire ou propagande, Bob Dylan frappe ici les esprits par une éloquence qui s'appuie avant tout sur la force de ses images ; ces dernières, dont la désespérante beauté le dispute à la violence la plus funeste, déferlent sur l'auditeur en un véritable déluge : "I saw a newborn baby with wild wolves all around it " ; Heard the song of a poet who died in the gutter," ; "I'll walk to the depths of the deepest black forest" […] "Where the executioner's face is always well hidden, / Where hunger is ugly, where souls are forgotten, / Where black is the color, where none is the number" ! Bob donne à voir comme à entendre !

C’est à l’écoute de ce monument dylanien que Leonard Cohen comprendra qu’il est possible de faire de la poésie avec la chanson. De même, le grand poète beat Allen Ginsberg confiera son émotion à l’écoute de ce morceau dans le documentaire de Martin Scorsese No Direction Home : "J'ai écouté "Hard Rain" et j'ai pleuré. […] On dirait une prophétie biblique. La poésie est le pouvoir des mots, vos cheveux se dressent sur votre tête, on reconnaît immédiatement une forme de vérité subjective, qui a une réalité objective car quelqu’un l’a réalisée. Et cela devient de la poésie plus tard."

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17 Man In The Long Black Coat  (Oh Mercy, 1989)

En 1989, Bob Dylan effectue avec Oh Mercy un come-back que plus personne n’attendait, les deux derniers disques étant essentiellement constitués de reprises et fonds de tiroir… Il revient ainsi en force avec dix nouvelles chansons signées de sa plume, qui le voient deviser à nouveau sur l’amour, la vie, et lui-même, avec un tranchant et une poésie qui faisaient défaut aux précédents albums. Le disque bénéficie de plus d’une production exceptionnelle que l’on doit au magicien Daniel Danois. Celui-ci a su créer une ambiance moite et vaporeuse qui sied parfaitement aux nouvelles confessions de Bob, pleines de gravité et de mélancolie. L’atmosphère créée évoque d’ailleurs parfaitement l’ambiance mystérieuse de la Nouvelle-Orléans, où le disque a été enregistré.

"Man In The Long Black Coat" est un des climax de l’album. C'est une nouvelle histoire de rupture, mais la notion de péché symbolisée par le sermon du prêcheur et cet homme au long manteau noir qui cite la bible y est omniprésente : comme si Dylan restait à jamais marqué par sa conversion au christianisme de la fin des années 1970 !

Cette rupture a lieu dans un cadre crépusculaire et moite évoquant celui de la Nouvelle-Orléans, que Dylan peint en quelques lignes éloquentes : "Crickets are chirpin', the water is high / There's a soft cotton dress on the line hangin' dry, / Windows wide open, African trees / Bent over backwards from a hurricane breeze." Les événements et l'atmosphère ô combien irréelle et mystérieuse semblent influer grandement sur la vision métaphysique du narrateur : "But people don't live or die, people just float" !

La langueur inspirée par le climat ou le sermon culpabilisant du prêcheur semblent contraindre le narrateur à accepter son sort, aussi pénible soit-il : "It ain't easy to swallow, it sticks in the throat, / She gave her heart to the man in the long black coat." !  ""Man In The Long Black Coat" a une réalité brutale" confiera Dylan dans ses Chroniques. " Assez curieusement, je pensais avoir écrit ma version de "I Walk The Line"…"

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18 Not Dark Yet (Time Out Of Mind, 1997)

En 1997 cela faisait sept ans que Bob Dylan n'avait pas publié de chansons originales. Il revient en force avec Time Out Of Mind, album qualifié de suite comme celui de la renaissance. Un album de renaissance certes imposant mais hanté par la vieillesse et la mort. Dylan écrit ici sans ambages, dans un style direct et sans fioritures, les aléas d'une âme en butte à la frustration et la solitude : "C'est un disque sinistre parce que je suis sinistre. Je ne me sens plus en phase avec rien" déclarera-t-il, on ne peut plus lapidaire, en octobre 1997 au magazine Newsweek ! La production musicale est puissante et brute, suite à la volonté de Dylan d'obtenir un disque qui sonne comme ceux des bluesmen des années 30 ou 40. 

"Not Dark Yet" est une des pièces maîtresses de l’album : Bob Dylan y enchaîne des images frappantes et désabusées sur l'existence et sa relation aux autres, et décrit un corps usé et abîmé : "I've been down to the bottom of a world full of lies / I ain't lookin for nothin' in anyone's eyes " ; " Every nerve in my body is so vacant and numb". Le chant et les arrangements sont étrangement sereins et apaisants, comme si l'auteur faisait preuve de fatalisme face à une mort certes non imminente, mais qui s'approche néanmoins petit à petit, si l'on se fie au fameux refrain : "It's not dark yet, but it's getting there".

Ceci dit, la mort a vraiment failli être imminente pour Dylan : après avoir enregistré ses nouvelles chansons et avant la sortie de l'album en septembre 1997, il est admis dans un hôpital de Los Angeles le lendemain de son anniversaire (le 25 mai !) ; souffrant de sévères douleurs à la poitrine, il se révèle qu'il souffre d'une péricardite, une grave infection de la poche qui entoure le cœur, ce qui inquiète grandement le personnel soignant : il n'y avait pas pire coup du sort pour renforcer l'aura funèbre de l'album !! Heureusement, ce fut moins grave que prévu, mais il s'en est véritablement fallu de peu : "J'ai vraiment cru que j'étais sur le point de retrouver Elvis" témoignera non sans humour le principal intéressé après sa sortie de l’hôpital le premier juin ! 

Faut-il alors vraiment écouter ce disque comme on écouterait celui d'un mort ? Le principal intéressé reviendra lui-même quelques années plus tard sur le caractère crépusculaire que l'on a pu trouver à l’album : "Vous savez, je ne suis pas tout à fait sûr de savoir pourquoi les gens ont l'impression que Time Out Of Mind donne une image sombre. Dans mon esprit, cela n'a rien de triste. Enfin, ce n'est pas l' Enfer de Dante !" déclarera Bob Dylan au magazine Rolling Stone en 2001 ! Il enfoncera encore un peu plus le clou en 2006, au même magazine : "Ça a donné de moi l'image d'un invalide chronique ou de quelqu'un qui rampait les genoux en sang. Mais ça n'a jamais été le cas." Oui, Dylan avait retrouvé inspiration, vigueur et humour. La mort, si elle était réellement tapie dans l'ombre des studios d'enregistrement, a dû aller voir ailleurs.

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19 Duquesne Whistle (Tempest, 2012)

En 2012, Bob Dylan fête ses cinquante de carrière avec Tempest, un jubilé plus qu’honorable ! C’est d’autant plus une bonne nouvelle que l’on n'attendait pas un nouvel album de sitôt, le dernier, Together Through Life, datant de trois ans à peine !

Les paroles sont à l’image de ce qui constitue l’essence poétique du vieux Bob : des clins d’œil malicieux à des vieux standards du blues ou du jazz (Bessie Smith ou Louis Armstrong) ; un emprunt à tel poète ici ou là (Henry Timrod, William Shakespeare, ou Omar Khayyâm !) ; des réflexions solennelles empreintes de moralité judéo-chrétienne  ("Man can’t live by bread alone" ; "It's a long road it's a long and narrow way") mêlées à des remarques beaucoup plus mordantes ou amères sur la condition humaine ("We cried because our souls were torn") ; des paroles pleines de révérence envers des chers êtres disparus ("You burned so bright / Roll on John") ou au contraire pleines de haine ("I could stone you to death for the wrongs that you've done"!) ; enfin des tourments amoureux dignes d’un adolescent ("I'm searching for phrases /To sing your praises"), dont la fraîcheur ou la candeur peuvent être à tout instant contrebalancées par des remarques beaucoup plus coquines voire salaces ("I ain't afraid to make love to a bitch or a hag") !

C’est cette mayonnaise inimitable que l’on retrouve dans « Duquesne Whistle », le morceau qui ouvre l’album sur une des mélodies les plus euphorisantes que Bob ait pu composer ! Ici la nostalgie pointe son nez : "I wonder if that old oak tree’s still standin’ / That old oak tree the one we used to climb" ; le narrateur doit une nouvelle fois faire face à des malentendus : "You say I’m a gambler you say I’m a pimp / But I ain't neither one" ; enfin il croit entendre des voix célestes : "I can hear a sweet voice gently callin' / Must be the mother of our Lord"… sur fond de signes annonciateurs de désastres : "Can't you hear that Duquesne whistle blowin'? / Blowin' like the sky's gonna blow apart' before" ! La vie est encore bien compliquée mais conserve malgré tout intact son pouvoir de mystère et d’attraction : "You’re the only thing alive that keeps me going" ! Ambiance crépusculaire ou non, le bal continue pourvu que la musique ne s’arrête pas !

Bref Bob Dylan, à plus de soixante-dix ans, infatigable, continue de tracer sa route, que les chiens aboient ou non !

La chanson a bénéficié d’un clip de qualité, que l’on doit à Nash Edgerton. Une vidéo pleine de romantisme à la Chaplin et de violence à la Tarantino ! La vie, telle qu’en elle-même, quoi, belle et brute à la fois…

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20 Like A Rolling Stone (Highway 61 Revisited, 1965)

Enfin, s'il fallait n'en retenir qu'une. LA chanson. Bob Dylan n'a-t-il pas écrit là le morceau le plus emblématique de son époque, voire du destin de l'humanité toute entière ?  Son refrain le plus éloquent et le plus mémorable ? "Like A Rolling Stone"… ou le mythe de Sisyphe revisité ?

"Like A Rolling Stone" est le récit d'une déchéance sociale. Bob Dylan mêle habilement les expressions empruntées à l'univers du conte de fées ("Once upon a time you dressed so fine") à d'autres beaucoup plus prosaïques ("About having to be scrounging for your next meal") : il décrit ainsi à merveille le passage brutal d'un univers doré ou pour le moins insouciant à celui d'une véritable jungle urbaine ! Les savoirs appris ne se révèlent de plus d'aucune utilité : "Nobody has ever taught you how to live on the street / And now you find out you're gonna have to get used to it" ! Quelle condamnation on ne peut plus radicale du système éducatif !  N'y enseignerait-on que de fausses valeurs ?!

Mais ce qui choque le plus dans cette chanson pour le moins violente, c’est l'absence totale de compassion de l'auteur à l'égard de la victime, qu'il interpelle directement : il semble même enfoncer le clou (voyez comment il bisse le vers du refrain "How does il feel ?") ! "Like A Rolling Stone" est ainsi plus proche de la chanson revancharde un rien déloyale que du cri de révolte vertueux de chevalier blanc. Le contexte de création de cette chanson évoqué par Dylan lui-même est d'ailleurs sans équivoque : "J'ai écrit cette chanson, cette histoire, ce vomi de vingt pages. [...] Juste un truc rythmique sur le papier, dans lequel je focalisais toute ma colère sur un point précis. C'était comme nager dans de la lave." Composée à cette époque, la chanson "Positively 4th Street" est d'ailleurs de la même veine : Dylan y règle ses comptes avec ses détracteurs de la manière la plus acerbe qui soit ! En cette fin 1965 Bob Dylan est allé au plus profond de lui-même, et, comme l'indique Jérôme Pintoux dans son Bob Dylan Dictionnaire, il semble donner raison à Jacques Lacan quand ce dernier déclarait dans Séminaire que l’agressivité fondamentale était ce qui définissait le mieux l'être humain !

Ceci dit, le relatif flou référentiel qui entoure le destinataire de "Like A Rolling Stone" nous interdit toute interprétation catégorique. De plus, Dylan aime bien donner cette image romantique de la création selon laquelle c'est la chanson qui choisit l'interprète ou l'auteur et non l'inverse : une théorie qu'il prétend détenir de Woody Guthrie, mais que l'on trouve déjà dans le Ion  de Platon… Précisément à l'époque de "Like A Rolling Stone", Dylan se laisse avant tout porter par les mots et les images, sans prétendre à un quelconque discours rationnel : une pratique qui renvoie aussi bien à l'écriture automatique des écrivains surréalistes qu'au cut-up expérimenté par l'américain William S. Burroughs. Libre à l'auditeur ou lecteur de trouver ainsi un ou plusieurs sens (voire tout simplement aucun !)… En ce qui concerne "Like A Rolling Stone", on se permettra alors la question suivante : et si, dans cette chanson, Bob Dylan ne s'adressait-il pas à lui-même également ? On le sait maintenant, l'écriture de ce morceau a agi comme révélateur sur Dylan : elle l'a en effet confirmé dans sa vocation d'auteur de chansons, à un moment où il doutait pouvoir continuer : "Jamais je n'avais écrit un truc pareil. Soudainement, j'ai compris que c'était la voie que je devais suivre !" La chanson pourrait donc également se voir comme une invitation à accepter son destin, qu'il se présente sous les meilleurs auspices ou non : Bob Dylan, constamment sur scène, n'est-il pas d'ailleurs lui-même "une pierre qui roule" ? "Il faut imaginer Sisyphe heureux", avait conclu Camus…

Bob Dylan en aura fait du chemin en trois ans ! En 1963, il ouvrait l'album The Freewheelin' Bob Dylan avec "Blowin' In The Wind", un idéaliste et candide appel à la paix. En 1965, Highway 61 Revisited démarrerait en fanfare avec "Like A Rolling Stone", une cruelle chanson sur la perte de l'innocence. Ils seront nombreux à témoigner de l'impact ressenti. Bruce Springsteen déclarera en 1988, à l'occasion de l'introduction de Bob Dylan au Rock And Roll Hall Of Fame : " Ce coup de caisse claire au début du morceau. C'est comme si on avait ouvert en grand la porte de mon esprit !  […] Dylan était un révolutionnaire. Si Elvis a libéré nos corps, Bob a libéré nos esprits" !

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En guise de conclusion…

En 1986, dans l'album Knocked Out Loaded, Bob Dylan débute "Brownsville Girl", une longue ballade coécrite avec le dramaturge Sam Shepard, par ces mots : "Well, there was this movie I seen one time / About a man riding 'cross the desert and it starred Gregory Peck".

Une dizaine d'années plus tard, c'est l'acteur en personne, (son aîné de plus de vingt ans !), qui lui rend hommage en ces termes : "La première fois que j'ai entendu Bob Dylan, j'ai pensé à la guerre de Sécession, une sorte de troubadour du XIXème siècle, un esprit libre de l'Amérique. La fragilité de sa voix et la précision de ses mots vont directement au cœur de ce pays." Et le nôtre, donc !

"Mes textes ont quelque chose, une sorte de bravoure, tout simplement. Et c'est peut-être tout ce qu'on peut dire pour eux. [Rires] Mais enfin, ce n'est pas rien", Bob Dylan (Song Talk, 1991).

A ce propos, il s'est d'ailleurs passé quelque chose un certain 13 octobre 2016...  Un jour encore gravé dans les mémoires

Si vous aimez les discours cliquez ici

 

Sources

Livres

Brierre, Jean-Dominique, Bob Dylan, poète de sa vie, L’Archipel, 2016. Réserver le document !

Dylan, Bob, Chroniques : volume 1, Fayard, 2005. Réserver le document !

Dylan par Dylan. Interviews 1962-2004, Editions Points, 2018. Réserver le document !

Dylan, Bob, Lyrics - Chansons, 1961-2012, Fayard, 2017. Réserver le document !

Guesdon, Jean-Michel et Margotin, Philippe, Bob Dylan La totale Les 492 chansons expliquées, Chêne E/PA, 2015. Réserver le document !

Pintoux, Jérôme, Bob Dylan Dictionnaire, Camion Blanc, 2013.

Williamson, Nigel, Bob Dylan, Rough Guides, Tournon, 2009. 

DVD

Haynes, Todd, I'm Not There, Diaphana Edition Vidéo, 2008. Réserver le document !

Peckinpah, Sam, Pat Garret & Billy The Kid, Warner, 2006. 

Pennebaker, D. A., Don't Look Back, Sony BMG, 2007. Réserver le document !

Scorsese, Martin, No Direction Home, Paramount, 2005. Réserver le document !

Scorsese, Martin, The Last Waltz, MGM, 2003. Réserver le document !

Sites

http://www.bobdylan-fr.com/ Site de traduction en français des chansons de Bob Dylan.

https://dylanchords.info/ Un site qui propose les accords des chansons de Bob Dylan.