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Résumé

Dans les années 1970 en France, les travaux de l’ingénieur informatique Louis Pouzin sur le datagramme ont été abandonnés sous la pression d’Ambroise Roux, alors patron tout puissant de la Compagnie Générale d’Electricité. Visiblement ce fut une erreur, puisqu'en s’appropriant les travaux de l’ingénieur, les Etats-Unis finiront par lancer Internet avec le succès que l’on sait, tandis que la France, en changeant d’orientation, proposera au monde un instrument de télécommunication certes innovant mais beaucoup moins performant et surtout moins pérenne : le Minitel ! Pour résumer, la France s’est fait voler l’invention d’Internet !

Pour Dimitri Marguerite, jeune reporter de l’AFP qui a découvert cette histoire quarante ans après les faits, il y a anguille sous roche : les recherches de Louis Pouzin étaient prometteuses, alors pourquoi le gouvernement français les a-t-il abandonnées ? Notre jeune reporter de vingt-sept ans va donc tenter d’en savoir plus, à ses risques et périls…

Notre avis

Comédies françaises est un roman ambitieux, drôle et particulièrement à charge contre le lobbying en politique et les figures industrielles françaises ! Mais on aurait tort de réduire ce livre à cet aspect polémique : il contient en effet plusieurs autres romans, qui empruntent aussi bien à l’essai philosophique et artistique qu’au roman sentimental !

Au début du roman, Éric Reinhardt effectue par exemple une digression sur le peintre surréaliste Max Ernst, l’une des passions de son personnage Dimitri Marguerite : cette digression, quoique très intéressante, peu passer pour superflue à première vue ; mais en racontant comment le peintre américain Jackson Pollock est devenu célèbre en exploitant une technique que lui a montrée Max Ernst, on rejoint l’un des fils thématiques du roman, à savoir comment les Américains ont volé les bonnes idées aux Européens !!

Mais ce qu’on oublie de dire, c’est que Comédies françaises est avant tout un roman sentimental ! Il faut en effet attendre plus de deux-cent-cinquante pages avant d’entrer dans le détail de l’abandon des recherches de Louis Pouzin par le gouvernement français : et ces pages, avouerons-le ? sont d’ailleurs loin d’être les meilleures du roman, tant elles sont un tantinet rébarbatives… Heureusement, elles ne représentent qu’une part infime de l’ouvrage et on préférera nettement, entres autres merveilles de poésie et de satire sociale, les mésaventures sentimentales de Dimitri Marguerite ! L’ouvrage s’ouvre d’ailleurs ainsi : Dimitri Marguerite tombe amoureux au premier regard d’une belle inconnue qu’il croise alors qu’il séjourne à Madrid ; il décide de l’aborder mais son entreprise se révèlera être un cuisant échec, ce qui le laissera dans un grand désarroi ! Mais le destin saura lui sourire : Dimitri aura en effet l’opportunité de recroiser sa charmante inconnue à d’autres reprises à différents endroits: osera-t-il de nouveau tenter sa chance ?

Comédies françaises est donc aussi un roman à la fois touchant et sarcastique sur l’amour au temps des réseaux sociaux ; comment un personnage romantique comme Dimitri Marguerite peut-il en effet vivre un amour pur et éternel quand ce sentiment, à notre époque de sites de rencontres en ligne, rime manifestement plus avec consommation ?

La France qui passe à côté de l’invention d’Internet, comment Jackson Pollock s’approprie une technique qui va le rendre célèbre, comment ne pas passer à côté de son amour ?... Toutes ces histoires sont également là pour illustrer une question récurrente dans les livres d’Éric Reinhardt : peut-on mettre le doigt sur les évènements qui changent le cours des choses ? Des thématiques particulièrement passionnantes et fascinantes, portées par une plume malicieuse, alerte, truculente et poétique : Comédies françaises est un régal de lecture !

Jean-Loup Médiathèque André-Cancelier