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Résumé

Du feu de Dieu est une fresque qui court de la France occupée jusqu’à mai 68. On y suit le destin de Samuel Mazel, né dans les Cévènnes avant la 2ème guerre mondiale.

C’est l’histoire d’un jeune homme pris entre deux feux : son grand-père et son père. Le premier est un protestant farouche attaché à sa terre et obsédé par le travail et le péché ; le deuxième, Abel, est un homme devenu communiste intransigeant après avoir assisté avec effroi au massacre d’une femme par des collaborationnistes français. Afin de vivre en accord avec ses convictions, Abel décidera un jour de quitter les montagnes cévenoles avec sa femme et son fils Samuel pour aller travailler à la mine d’Alès. Mais Samuel, dans la vie morne et noire d’Alès, regrettera bien vite ses montagnes…

Notre avis

Daniel Hébrard est un jeune écrivain de soixante-douze ans qui ne mâche pas ses mots : la violence et la vigueur de son style n’ont d’égal que l’intensité de son indignation. Les romans de Daniel Hébrard mettent généralement en scène des personnages en situation de révolte, dans un cadre historique précis.

Du feu de Dieu traite d’ailleurs du thème de l’insubordination, avec comme décor la France troublée de la première moitié du 20ème siècle.  Samuel Mazel, en plus d’avoir eu sa vie gâchée par la crainte du péché, en voudra à son grand-père de lui avoir sapé la jouissance de ses montagnes cévenoles en voulant lui asséner l’histoire de ses ancêtres, pleine de la violence des guerres de religion :  « Les aubes douces, la berceuse de la rivière, […] le soleil effleurant la petite vallée, le cri du pic-vert annonçant la pluie, l’appel d’un renard à la chasse, les sonnailles du troupeau. […] Le vieux repeignait tout ça à grands coups de sang, aux couleurs du drame, du devoir, de la peine. » Mais c’est la guerre d’Algérie, au cours de laquelle Samuel découvrira l’horreur des tortures et des viols, qui contribuera à le faire rejeter catégoriquement à l’avenir toute forme de hiérarchie. Dans cet état d’esprit, la révolution avortée de mai 68 l’assombrira encore plus. Samuel découvrira cependant un peu de réconfort dans sa vie de couple avec Mireille, qui le délivrera (en partie) de ses inhibitions. Mais Samuel demeurera partagé entre sa vie amoureuse et la terre des Cévennes qui ne cessera de l’appeler malgré tout… Qui Samuel choisira-t-il donc ?

Daniel Hébrard livre ici une vision plutôt sombre de l’Histoire. Sa vision de l’humanité le semble tout autant, mais c’est en réalité un peu plus compliqué : en effet, si dans le roman l’alternative communiste du père de Samuel ne semble pas plus libératrice que la religion protestante du grand-père, c’est que l’une comme l’autre ont leurs propres chefs ! Or pour Samuel la vraie fraternité est possible, à condition qu’elle ne soit pas organisée verticalement : « La vie, la révolution, ça s’invente à mesure, ça se fait au jour le jour, n’en déplaise aux bureaucrates rouges. Pas besoin de grands guides. Ça te suffit pas Mussolini, Hitler, Lénine, Franco, Mao… ? ».

Avec Au feu de Dieu, Daniel Hébrard réussit à traduire la violence de la vie au moyen de phrases souvent averbales : celles-ci provoquent un effet de brutalité amplifié par la crudité des dialogues. A l’instar de Jean Giono, Daniel Hébrard livre également des descriptions magnifiques et pleines de lyrisme de la terre cévenole, à la fois belle et inquiétante : "La maison issue du rocher, accouchée du magma. Le toit se confondait avec les larges dalles de schiste prêtes à cisailler de leurs mâchoires luisantes et dorées. Fond de vallée perdue, proche d'un des nombreux Gardons. [...] Comment pouvait-on croire en Dieu dans ce chaos ?" La lecture d’Au feu de Dieu vous coupera le souffle !

Jean-Loup Médiathèque André-Cancelier