Résumé

Voici un livre qui a ceci de pratique : on peut l’ouvrir ou le commencer à n’importe quelle page !

La vie vagabonde ne comporte en effet pas d’intrigue proprement dite : ce sont les carnets de route que Lawrence Ferlinghetti a tenus de 1960 à 2010, soit près d'un demi-siècle de voyages raconté en six cents pages ! La maison d’édition Seuil, pour les cent ans de l’auteur (et oui !) a décidé de les publier et on ne peut que s’en réjouir : c’est l’occasion de faire plus ample connaissance avec une figure de la Beat Generation moins célèbre que Jack Kerouac ou Allen Ginsberg mais tout aussi importante (voire plus sympathique) !

Notre avis

La lecture des carnets de route de Lawrence Ferlinghetti révèle un passionné de voyage, de littérature (il a fondé la librairie City Lights à San Francisco et été le premier éditeur de Kerouac et Ginsberg) et un homme profondément impliqué dans les changements politiques de son époque : l’ouvrage débute d’ailleurs par un court récit du débarquement du 6 juin 1944, auquel il a participé !

Lawrence Ferlinghetti se décrit comme un « touriste de la révolution farouchement en faveur des libertés civiles ». C’est dans cette optique qu’il n’hésite pas à se rendre dans le Cuba de Fidel Castro, au mépris des objurgations de la presse américaine, qui déconseille fortement de s’y rendre ! Deux décennies plus tard, ce sera la révolution sandiniste qui l’intéressera, et il passera ainsi sept jours dans un Nicaragua qui vient de renverser le tyran Samoza soutenu par les USA.

Certains voyages, ne se passant pas comme Lawrence Ferlinghetti l’aurait voulu, donnent lieu à des situations burlesques : ainsi celui qui l’oblige à retraverser la Russie en sens inverse dans le fameux Transsibérien ! Arrivé sur la côte extrême-orientale, Ferlinghetti désire embarquer pour le Japon, mais il se rend compte avec dépit que l’agence de Berlin-Ouest a omis de lui dire qu’un visa japonais était indispensable…

Certains pays sont plus visités que d’autres : ainsi le Mexique, dont la surproduction de chaussures (entre autres) l’impressionne particulièrement, l’Italie, et Paris, où Lawrence Ferlignhetti a fait des études et George Whitman, qui a été son ami, a tenu la fameuse librairie Shakespeare and Company, rue de la Bûcherie, dans le 5ème !

Le lecteur passe un agréable moment à lire ces carnets de route d’un voyageur aujourd’hui centenaire. Le livre est exceptionnel tant pour ses fulgurances poétiques à couper le souffle que pour ses témoignages et rencontres avec des personnalités remarquables des cinquante dernières années, qu’elles soient poètes ou révolutionnaires (ou universitaires dans l’Espagne de Franco !). Le charme de l’écriture de Lawrence Ferlinghetti provient également des portraits pris sur le vif de milliers d’inconnus qu’il a pu croiser, que ce soit en Italie ou aux Etats-Unis, dans les coins les plus connus ou les plus perdus ! Un livre grisant, ouvert sur le monde, qui témoigne des espoirs et illusions perdues d’un homme épris de liberté, éternellement chaussé de ses « semelles de vent » !